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Philippe Bourrinet

Le marxisme de la gauche communiste germano-hollandaise

Posted on March 28 2013 by left-disorder

La philosophie ne peut être réalisée sans la suppression du prolétariat, et le prolétariat ne peut être supprimé sans la réalisation de la philosophie. [Karl Marx, Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel, Deutsch-Französische Jahrbücher, Paris, 1844]

 

Le monde ambiant qui détermine la pensée, ne se compose pas seulement du monde économique contemporain, mais aussi des influences idéologiques émanant des rapports constants entre les hommes… Avec le temps, la tradition doit céder devant la puissance des réalités nouvelles qui, à tout instant, la battent en brèche. [Anton Pannekoek, «Het historisch materialisme», De Nieuwe Tijd, 1919]

 

Le marxisme de la gauche communiste germano-hollandaise

 

Pannekoek et les tribunistes ont toujours considéré – à la suite d’Engels – que le socialisme devait être «étudié comme une science». Cette «science», ou plutôt théorie du prolétariat ne pouvait en aucune manière être confondue avec les sciences de la nature, voire les sciences exactes : « La théorie marxiste n’est rien d’autre que la science de la société, dont nous sommes redevables à Marx».[1] Si elle s’appuie sur les résultats des sciences de la nature, son champ d’application, et donc d’action, est la société de classes, dans son devenir. Elle est donc «un matérialisme historique et la théorie de la lutte de classe», dont l’appropriation par le prolétariat le rend «clairvoyant» sur les buts et les moyens de cette lutte.

 

a. Le marxisme, «science», méthode et «idéologie» du prolétariat

 

Cette définition du marxisme comme une science ne signifie nullement une réduction à un simple dogmatisme mécaniciste et positiviste, dont le poids – héritage du XIXe siècle scientiste – se faisait sentir chez les théoriciens de la IIe internationale, en particulier chez Lénine, pour qui le marxisme était une «science» aux «fondements inébranlables» dans le moindre de «ses détails»[2].

 

Renouant avec la vision originelle de Marx, Pannekoek souligna toujours que le marxisme se définissait d’abord par sa méthode scientifique d’investigation :

 

«La doctrine de Marx, le matérialisme historique, mieux définie dans son premier et plus simple aspect comme conception matérialiste de l’histoire,... n’est rien d’autre que l’application de la méthode propre aux sciences naturelles aux sciences humaines c’est-à-dire touchant l’homme et la société».[3]

 

Mais pour le scientifique Pannekoek, le marxisme est d’abord une méthode objective d’analyse et de recherche : ni croyance ni dogme rigide, il s’inscrit dans l’évolution qui balaye tout « système fixe ou théorie rigide». La méthode trouve donc sa validité dans ses résultats :

 

«La conception matérialiste de l’histoire ne se réduit pas à sa méthode... méthode et résultat ne sont pas indépendants l’un de l’autre; l’utilité et la vitalité d’une méthode se mesurent aux résultats qui en découlent, et en leur absence, 1a méthode ne peut prétendre à aucune validité.» [4]

 

C’était souligner que le développement et l’enrichissement du marxisme sont nécessaires et qu’ils dépendent étroitement de l’accélération des bouleversements sociaux (« le résultat »). A tous ceux qui prétendaient ou prétendent que le marxisme était ou reste une «doctrine» immuable et invariante[5], la Gauche hollandaise répondait que la société, la conscience que l’on en a se transforment constamment, avec plus ou moins de rapidité, selon que la marche incertaine de l’histoire ralentit ou s’accélère. Faisant en quelque sorte le bilan de toute une période de profonds bouleversements depuis 1903-1905, Pannekoek soulignait en 1919, en pleine période révolutionnaire, cette décantation qui modifie la conscience historique de ses acteurs et modifie les résultats mêmes de la méthode marxiste (la « nouvelle idéologie ») :

 

«Lorsqu’une nouvelle réalité, jour après jour, laisse ses empreintes gravées dans l’esprit et enfonce avec force et violence les nouvelles connaissances dans les têtes, alors l’ancienne idéologie succombe à l’usure; l’esprit doit toujours plus abandonner les vieilles opinions et adapter ses idées aux nouvelles nécessités; cela s’accomplit souvent lentement avec hésitation en s’arrêtant à mi-chemin, mais se réalise pourtant à la fin. Car la propagation de la nouvelle idéologie puise sans cesse une force nouvelle : la réalité de la vie».[6]

 

Le marxisme de la Gauche hollandaise se définit donc comme la concrétion empirique d’une méthode évolutive se pliant aux nécessités d’une nouvelle période historique de lutte de classe. L’ancienne «idéologie» social-démocrate, devenue obsolète, devait donc céder la place à la nouvelle «idéologie» communiste.

 

Cette définition du marxisme et du socialisme comme «idéologie» – qui fut abandonnée après 1920 totalement par la Gauche communiste – fut celle de toute une époque. Pannekoek, dans son livre Les Divergences tactiques au sein du mouvement ouvrier (1909) affirmait, comme tant d’autres, que «le socialisme est l’idéologie du prolétariat moderne»[7].

 

Cette conception était porteuse d’ambiguïté et lourde de dangers politiques[8]. D’un côté, cette «idéologie» était conçue comme l’émanation du monde matériel, «un système d’idées, de conceptions et de visées, expression spirituelle des conditions de vie matérielle et des intérêts de classe».12 Cela, notait Pannekoek, ne pouvait être qu’une pure abstraction, dissimulant mal la bataille d’idées entre prolétariat et petite-bourgeoise au sein de «l’idéologie» socialiste. De l’autre côté le marxisme hollandais, en adhérant à l’analyse d’Engels de l’idéologie,[9] ne pouvait que rejeter le terme irrationnel d’idéologie, antithétique de toute science et de toute conscience vraie :

 

«...une idéologie constitue une généralisation inconsciente, dans laquelle la conscience de la réalité correspondante s’est perdue, alors que la science ne consiste qu’en une généralisation consciente dont les conclusions permettent de cerner avec précision la réalité, d’où elles ont été tirées Ainsi donc, l’idéologie est surtout affaire de sentiment, et la science affaire de compréhension. »

 

Le vrai problème était donc là : accès à la conscience ou maintien dans les limbes d’un inconscient social topique (dans le sens freudien), immuable sinon éternel[10].

 

L’influence déterminante de Dietzgen

 

Pour le marxisme hollandais, le marxisme est d’abord une théorie rationnelle, consubstantielle à une conscience de soi, dont l’objet est la compréhension des lois régissant la société capitaliste.

 

Cette vision était aux antipodes des conceptions néo-idéalistes propagées par les partisans d’un «retour à Kant»[11] et les soréliens, adeptes d’une mystique socialiste. Elle était aux antipodes du matérialisme vulgaire transformant l’action consciente du prolétariat en un simple reflet de ses conditions matérielles d’existence.

 

Présentée faussement par ses adversaires comme un «courant idéaliste»[12], la Gauche hollandaise fut d’abord un courant politique marxiste – qui – comme tous les «radicaux», telle Rosa Luxemburg –, soulignait l’importance du facteur conscience dans la lutte de classe, facteur qu’elle définissait – selon une terminologie propre à l’époque – comme un «facteur spirituel». Le maître à penser des marxistes hollandais, tout au long de leur lutte contre le révisionnisme et le mécanicisme des vulgarisateurs du marxisme, a été incontestablement Joseph Dietzgen.

 

Le philosophe socialiste Dietzgen (1828-1888) avait été salué, à la parution de son livre L’Essence du travail intellectuel [13] en 1869, comme un des inventeurs de la dialectique matérialiste, au même titre que Marx, et Engels, dans sa célèbre brochure, Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande (1888), saluait la concordance de méthode entre lui, Marx et Dietzgen :

 

«Cette dialectique matérialiste, qui était depuis des années notre meilleur instrument de travail et notre arme la plus acérée, fut, chose remarquable, découverte à nouveau non seulement par nous, mais en outre, indépendamment de nous et même de Hegel, par un ouvrier allemand, Joseph Dietzgen[14]

 

En dépit de cette critique dithyrambique par l’auteur de l’Anti-Dühring, l’œuvre philosophique de Dietzgen rencontra un faible écho auprès des principaux théoriciens de la IIe Internationale. Ceux-ci y virent au mieux une pâle copie de Marx, au pire une conception « nouvelle » suspecte d’idéalisme. Franz Mehring n’y vit qu’une «dialectique dépourvue de connaissances», entachée d’une «certaine confusion».[15] Plekhanov n’y trouva aucun apport nouveau à la théorie matérialiste et rejeta avec dédain la «confusion» d’une théorie qui lui semblait trop idéaliste, et un recul par rapport aux «matérialistes» du XVIIIe siècle. Il crut déceler chez Dietzgen une tentative de «concilier l’opposition entre idéalisme et matérialisme».[16] Cette méfiance s’expliquait en partie par le large écho rencontré par Dietzgen chez certains éléments idéalistes, qui tentèrent d’élaborer – avec l’aval du fils de Dietzgen – un prétendu «dietzgénisme».[17] En pleine lutte théorique contre les avatars du «dietzgénisme» et du «machisme» (théorie du physicien et philosophe autrichien Ernst Mach), les socialistes de gauche russes et allemands y virent les habits neufs de l’idéalisme. Cette opinion était cependant loin d’être partagée par Lénine et la masse des militants bolcheviks[18], qui trouveront dans Dietzgen un maître «spirituel» face à une vision fataliste et mécaniciste véhiculée par un «matérialisme historique», sous-estimant le facteur conscience dans la lutte de classe.

 

L’intérêt du marxisme hollandais pour Dietzgen consistait non seulement dans la critique matérialiste de la philosophie spéculative (Kant et Hegel), mais dans le rejet de la conception matérialiste vulgaire faisant du cerveau un simple reflet de la matière. Dietzgen rejetait la séparation faite par les idéalistes et les matérialistes vulgaires du XVIIIe siècle entre «esprit» et «matière». Le cerveau n’était pas le simple réceptacle externe de l’expérience sensible, mais avant tout le lieu d’activité de la pensée. Le travail spirituel de la pensée se manifestait par l’élaboration des objets sensibles sous forme de concepts rassemblés en une totalité et une unité indissociables. D’où le rejet de l’empirisme, qui rejoignant ainsi l’idéalisme, considère que la matière est éternelle, impérissable, immuable. En réalité, pour le matérialisme dialectique et historique «la matière consiste dans le changement, la matière est ce qui se transforme et la seule chose qui subsiste est le changement».[19] Il s’ensuit que toute connaissance est relative; elle n’est possible qu’à l’intérieur de «limites déterminées». Enfin, cette connaissance relative de la réalité matérielle ne peut s’opérer que par l’intervention active de la conscience. Cette conscience, appelée «esprit», entre dans un rapport dialectique avec la matière. Il y a interaction permanente entre «esprit» et «matière»

 

«L’esprit relève des choses et les choses relèvent de l’esprit. L’esprit et les choses ne sont réels que par leurs relations[20]

 

La théorie de Dietzgen n’était pas en contradiction avec celle de Marx et Engels. Souvent, au prix de maladresses de terminologie, elle la prolongeait par l’élaboration d’une «science de l’esprit humain». Cet «esprit» était un complexe de qualités indissociables : conscience, inconscient, morale, psychologie, rationalité. Du point de vue de la praxis révolutionnaire, l’apport de Dietzgen reposait sur une triple insistance : a) l’importance de la théorie, comme appréhension et transformation radicale de la réalité; et en conséquence le rejet de tout empirisme immédiatiste et réducteur; b) la relativité de la théorie se modifiant avec le changement de la «matière» sociale; c) le rôle actif de la conscience sur la réalité, dont elle n’est pas le reflet mais le contenu même. Une telle systématisation des leçons principales du marxisme constituait en fait un outil contre toute réduction du marxisme à un pur fatalisme économique et contre toute fossilisation des acquis de la méthode et des résultats du matérialisme historique.

 

Tous les chefs tribunistes hollandais, Gorter, Pannekoek et Henriette Roland Holst s’enthousiasmèrent pour Dietzgen au point de l’étudier à fond, de le commenter et de le traduire[21]. L’insistance sur le rôle de «l’esprit» et du «spirituel» dans la lutte de classe était un appel direct à la spontanéité ouvrière débordant le cadre rigide de la bureaucratie social-démocrate et syndicale. C’était un appel direct à la lutte contre les doutes et le fatalisme révisionnistes qui considéraient le capitalisme comme «éternel» et «impérissable», comme la matière. C’était surtout un appel à l’énergie et à l’enthousiasme de la classe ouvrière dans sa lutte contre le régime existant, lutte qui exigeait une volonté conscience, esprit de sacrifice à sa cause, bref des qualités morales et intellectuelles. Cet appel à une, nouvelle éthique prolétarienne, les marxistes hollandais le trouvèrent ou crurent le découvrir dans l’œuvre de Dietzgen[22]. Par la critique du matérialisme bourgeois classique et du marxisme vulgarisé et simplifié, les théoriciens hollandais développaient en fait une nouvelle conception de la «morale» prolétarienne et de la conscience de classe. Dietzgen ne fut pour eux qu’un révélateur de sens du marxisme, dont les concepts avaient été faussés par la vision réformiste.

 

Dans la Gauche hollandaise, cependant, l’interprétation qui était donnée du rôle de «l’esprit» dans la lutte de classe divergeait. L’interprétation de Dietzgen donnée par Henriette Roland Holst était rien moins qu’idéaliste, un mélange d’enthousiasme et de morale, une vision religieuse minimisant le recours à la violence dans la lutte contre le capitalisme.[23].

 

Chez Gorter, ce qui importait c’était une interprétation plus volontaire, axée sur les conditions subjectives, dites «spirituelles» :

 

«L’esprit doit être révolutionné. Les préjugés, la lâcheté doivent être extirpés. De toutes les choses, la plus importante, c’est la propagande spirituelle. La connaissance, la force spirituelle, voilà ce qui prime et s’impose comme la chose la plus nécessaire. Seule la connaissance donne une bonne organisation, un bon mouvement syndical, la politique juste et par là des améliorations dans le sens économique et politique[24]

 

Et Gorter prenait soin de donner surtout un contenu militant au terme de «spirituel», en excluant tout fatalisme :

 

«La force sociale qui nous pousse n’est pas un destin mort, une masse indocile de matière. Elle est la société, elle est une force vivante... Nous ne faisons pas l’histoire de notre propre gré, mais nous la faisons.»[25]

 

Pour Pannekoek, par contre, le facteur spirituel se traduit par l’élaboration de la théorie. Celle-ci est autant une méthode d’économie de la pensée, dans la connaissance «pure», qu’un savoir conscient et rationnel, dont le rôle est de «soustraire la volonté à l’impulsion toute puissante, directe, instinctive, et de la subordonner à la connaissance consciente et rationnelle. Le savoir théorique permet à l’ouvrier d’échapper à l’influence de l’intérêt immédiat et restreint au profit de l’intérêt de classe général du prolétariat, d’aligner son action sur l’intérêt à long terme du socialisme.[26] Chez Pannekoek le rôle de «l’esprit» s’inscrit dans la « science de l’esprit», qui est l’élaboration d’armes critiques et scientifiques contre l’idéologie bourgeoise.

 

Marxisme contre darwinisme et néokantisme. La nouvelle éthique du prolétariat

 

L’un des combats théoriques, majeurs de la Gauche hollandaise, dans la période d’avant 1914, s’est exercé contre les courants matérialistes et idéalistes qui avaient un impact idéologique dans le mouvement ouvrier.

 

Pannekoek, par sa brochure Marxisme et darwinisme (1909), rejetait toute prétention de donner à travers la doctrine de Darwin une « base biologique » à la lutte des classes. Tout en montrant que «marxisme et darwinisme forment une unité», sur le plan du matérialisme, il soulignait leur différence profonde, car «l’une vaut pour le monde animal, l’autre pour la société»[27]. Surtout, il montrait comment le «darwinisme social» était une arme de l’idéologie bourgeoise, dans sa forme matérialiste, dirigée autant contre le pouvoir de l’Église et de l’aristocratie que contre le prolétariat. En Allemagne surtout, elle avait servi «d’arme à la bourgeoisie en lutte contre l’aristocratie et les prêtres parce qu’elle substituait le jeu des lois naturelles à l’intervention divine»[28] Ces lois naturelles de lutte pour l’existence transposées du domaine animal dans le domaine social étaient en fait le «fondement scientifique de l’inégalité» de la société bourgeoise. Montrant que le langage, la pensée et la conscience étaient propres a une humanité dont le «combat ne peut pas être mené sur les principes du monde animal», il soulignait la différence fondamentale entre matérialisme bourgeois et socialisme, le maintien ou la suppression de toute inégalité :

 

«Le socialisme a pour prémisses fondamentales l’égalité naturelle entre les hommes et veut inscrire dans les faits leur égalité sociale... Cela signifie que la lutte pour l’existence à l’intérieur du monde humain cesse. Elle sera encore menée, extérieurement, non plus comme concurrence contre des congénères, mais comme lutte pour la subsistance contre la nature[29].

 

Sur la voie de l’émancipation de l’humanité par le prolétariat, les sentiments sociaux en devenant clairement conscients «revêtaient «le caractère de sentiments moraux». La lutte pour le socialisme se traduisait par une nouvelle morale, celle du prolétariat mettant fin à la «guerre de tous contre tous». En cela, Pannekoek était en plein accord avec Marx, qui le premier, après un bref enthousiasme pour Darwin, avait émis les plus expresses réserves.[30]

 

Le combat des marxistes hollandais, à la suite de Dietzgen, pour la nouvelle «éthique» socialiste prolétarienne, n’était pas une concession à l’idéalisme, dans sa variante néokantienne.

 

Au contraire, ils voyaient dans le néokantisme la base philosophique du révisionnisme, qui reflétait des «tendances petites-bourgeoises» et alliait «une conception bourgeoise du monde avec des convictions anticapitalistes.»[31] Max Alder, le principal représentant de l’austro-marxisme, poussa même très loin l’assimilation de Marx à l’idéalisme éthique de Kant en proclamant que Marx devait être analysé «dans l’esprit kantien et Kant à la lumière de l’enseignement marxiste». Le matérialisme historique perdait tout son sens par l’affirmation de l’existence d’une «supratemporalité de la conscience»[32].

 

Pannekoek soulignait au contraire l’impossibilité de concilier «l’éthique» idéaliste et révisionniste avec le matérialisme historique. Si celui-ci sous l’angle philosophique, donne les soubassements d’une nouvelle morale : la morale prolétarienne, cette dernière repose sur des bases matérialistes : l’exploitation capitaliste et la lutte contre la domination bourgeoise. Dans un article de 1911, Pannekoek voyait erreur profonde dans le fait de transformer Marx en «éthicien» ou «moraliste«, et par contrecoup la lutte de classe en une lutte pour des «idéaux» abstraits :

 

«La théorie matérialiste de Marx ne nie pas l’éthique, pas plus le pouvoir des sentiments éthiques. Mais elle nie que ces sentiments s’enracinent dans une éthique planant au-dessus de l’humanité; elle considère l’éthique elle-même comme un produit des facteurs matériels de la société. La vertu qui croît maintenant chez les ouvriers, leur solidarité et leur discipline, leur esprit de sacrifice et leur dévouement pour la communauté de classe et le socialisme sont une condition fondamentale pour la suppression de l’exploitation; sans cette nouvelle moralité du prolétariat, le socialisme ne peut être l’objet d’un combat... Le discours sur Marx éthicien est inexact d’un double point de vue. Ce n’est pas l’éthique qui forme la base du marxisme, mais, au contraire, c’est le marxisme qui donne à l’éthique un fondement matérialiste. Et la passion violente de la critique et de la lutte qui flamboie dans les lignes écrites par Marx n’a rien à voir avec l’éthique[33]

 

Dans une brochure, dont la finalité était la lutte contre l’anarchisme et le révisionnisme, qui tenaient la lutte contre le capitalisme pour un combat contre «l’injustice», Pannekoek montrait que la méthode marxiste n’avait rien à faire avec la méthode idéaliste des impératifs catégoriques. C’est en devenant obsolète, donc en créant les bases objectives de sa disparition, que le capitalisme montrait son caractère d’injustice. Du point de vue matérialiste, il était inexact «de dire que le capitalisme doit être supprimé et remplacé par un meilleur ordre social, parce que celui-ci est mauvais et injuste. Au contraire, c’est parce que capitalisme peut être supprimé et qu’un meilleur ordre est possible qu’il est injuste et mauvais.» Sous cet angle, le socialisme n’a pas comme finalité de «rendre les hommes moralement meilleurs, en leur tenant de beaux sermons, mais de renverser l’ordre social».[34]

 

Toute morale nouvelle, surgissant de la lutte du prolétariat, doit donc, souligne Pannekoek, être subordonnée à cette finalité. Fortement impressionné par l’exemple de la grève de 1903 aux Pays-Bas, Pannekoek – et avec lui Gorter dans sa polémique contre Troelstra, montrait qu’était «moral» tout «ce qui sert l’intérêt de classe» et mauvais tout «ce qui lui nuit». Dans la lutte de classe, la «morale prolétarienne» n’était pas ce qui est immédiatement «utile» et «rationnel», dans son action – la grève de 1903, comme tant d’autres, se termine par une défaite –, mais ce qui, à long terme, contribue à son renforcement. De façon quelque peu contradictoire dans son raisonnement, Pannekoek soutenait que bien souvent intérêt de classe et moralité divergent, car «ce n’est pas ce qui est utile pour la classe qui est moral; au contraire est moral ce qui en général est normalement dirigé vers l’avantage et l’intérêt de la classe».[35]

 

Pannekoek et la Gauche hollandaise abandonneront progressivement cette problématique quelque peu marquée par la polémique contre les révisionnistes et les néokantiens. Le nœud du problème pour la Gauche hollandaise, surtout après 1905, n’était plus la question de la «morale prolétarienne», mais celle de la conscience de classe. La vraie «morale» du prolétariat se trouvait finalement dans la formation et le renforcement de sa conscience de classe, comme condition de la finalité socialiste.

 

d) La conception de la conscience de classe dans la Gauche hollandaise

 

Le prolétariat, pour la Gauche marxiste, ne trouve pas sa propre puissance uniquement dans son nombre (concentration) et son importance économique. Il devient une classe pour lui-même (en soi et pour soi) dès le moment où il prend conscience non seulement de sa force, mais de ses intérêts et buts propres. C’est la conscience qui donne à la classe ouvrière une existence propre. Toute conscience est conscience de soi :

 

«Ce n’est que grâce à sa conscience de classe que le grand nombre se transforme en nombre pour la classe elle-même et que cette dernière parvient à saisir qu’elle est indispensable à la production; c’est uniquement grâce à elle que le prolétariat peut satisfaire ses intérêts, atteindre ses buts. Seule la conscience de classe permet à ce corps mort, immense et musculeux d’accéder à l’existence et d’être capable d’action[36]

 

De façon classique, dans le mouvement marxiste, Pannekoek et le courant de la Gauche hollandaise analysaient les différents degrés de conscience de classe, dans leur dimension historique. Au départ, il n’y a pas de conscience de classe achevée, ou de conscience «adjugée» ou «imputée» (Zugerechnet), pour reprendre la formulation de Lukacs[37] – telle qu’elle serait conditionnellement et idéalement si elle était parvenue à maturité. Mais cette de conscience achevée reste dans le monde métaphysique du virtuel et prend des accents tout à fait leibniziens où la conscience de classe « adjugée » serait la meilleure conscience possible dans le meilleur des mondes (capitalistes) possible.

 

Pour Pannekoek, il n’est point question de planer dans une virtualité métaphysique, mais bien de s’enraciner dans le réel historique en distinguant les phases d’un processus vivant. Cette conscience de classe est d’abord embryonnaire. Une forme primitive de la conscience de classe, indispensable à la lutte, apparaît phénoménalement dans «l’instinct des masses» ou «l’instinct de classe». Tout en montrant que cet instinct se manifeste dans l’action spontanée, un «agir déterminé par le sentir immédiat, par opposition à l’agir fondé sur une réflexion intelligente», Pannekoek affirmait que «l’instinct des masses est le levier du développement politique et révolutionnaire de l’humanité».[38] De façon étonnante, cette aporie avait l’apparence d’une glorification du «sûr instinct de classe», sorte de succédané de l’«intuition» créatrice bergsonienne, élevée à la dimension d’un mythe en 1908 par Georges Sorel, dans ses Réflexions sur la violence[39]. Ses partisans, les syndicalistes révolutionnaires français, se faisaient les preux chevaliers d’une «guerre de classe» instinctive, nourrie d’une haine aristocratique contre les «constructions» rationnelles des «intellectuels» révolutionnaires[40].

 

Il n’en était rien chez Pannekoek. Pour ce dernier, cet instinct était la manifestation phénoménale d’une «conscience de classe immédiate», non encore parvenue à sa forme politique, donc à sa « maturité » socialiste. Dans sa polémique contre les révisionnistes kautskystes, à propos des actions spontanées des masses, il était fréquent pour la Gauche hollandaise de souligner le «sain et sûr» instinct de classe. Celui-ci était en réalité l’intérêt de classe des ouvriers, paralysé par les appareils bureaucratisés des syndicats et du parti. Et cet intérêt de classe était inséparable de son but socialiste : «Le socialisme ne peut être réalisé que par la classe dont l’intérêt est le socialisme lui-même»[41].

 

Le marxisme hollandais, n’avait pas le culte de la spontanéité : la conscience de classe n’était pas le fruit d’une génération «spontanée»; elle était tout autant étrangère à la «mystique» de la violence, élevée à la hauteur d’un mythe au-delà de tout « langage » ou programme socialiste[42], propagée par Sorel et les syndicalistes révolutionnaires. La conscience de classe n’était donc pas le simple produit matériel d’une mutation spontanée ou le résultat hasardeux d’un forceps douloureux par l’action violente.

 

Pannekoek soulignait en outre que cette conscience de classe n’était ni une simple catégorie de psychologie sociale ni une somme de consciences individuelles. Au contraire, la conscience prolétarienne surgissait au grand jour comme l’expression d’une volonté collective, organisée comme un corps; il ne pouvait y avoir de volonté sans une organisation donnant unité et cohésion à la classe exploitée :

 

«L’organisation rassemble dans un cadre unique des individus qui auparavant se trouvaient atomisés. Avant l’organisation, la volonté de chacun s’orientait indépendamment de tous les autres, L’organisation, cela signifie l’unité de toutes les volontés individuelles agissant dans la même direction. Aussi longtemps que les différents atomes s’orientent en tous sens, ils se neutralisent les uns les autres, et l’addition de leurs actions est égale à zéro[43]

 

Cette conscience n’est pas un pur reflet des luttes économiques du prolétariat. Elle revêt une forme politique, dont l’expression la plus haute et la plus élaborée, est la théorie socialiste, qui permet au prolétariat de dépasser le stade «instinctif» et encore inconscient de la lutte pour atteindre le stade de l’action consciente, régie par la finalité communiste :

 

«C’est la mise en œuvre de la théorie, foncièrement scientifique du socialisme, qui contribuera le plus tant à donner au mouvement un cours tranquille et sûr qu’à le transformer d’instinct inconscient en acte conscient des hommes[44]

 

À cette organisation et à cette théorie, qu’il nomme parfois «savoir», Pannekoek ajoutait la discipline librement consentie comme ciment de la conscience.

 

Comme on le voit, cette conception de la Gauche marxiste hollandaise était aux antipodes de celle de Lénine exprimée dans Que faire ?, en 1903[45], selon laquelle la conscience était injectée de l’extérieur par des «intellectuels bourgeois», le prolétariat étant doté d’une conscience primitive, réduite à rétroagir sous forme de réflexes «trade-unionistes».

 

Elle divergeait tout autant du courant spontanéiste antiorganisation et antipolitique. Il ne faisait aucun doute pour la Gauche hollandaise que la conscience de classe avait deux dimensions indissociables : la profondeur théorique du «savoir» accumulé par l’expérience historique, et son étendue dans la masse. Pour cette raison, les marxistes hollandais et allemands soulignèrent l’importance décisive des grèves de masses, à la fois «spontanées» et «organisées», pour le développement massif de la conscience de classe.

 

Cette position était en fait dans le droit fil de la théorie de Marx sur la conscience.[46] Après 1905 et la première révolution russe, contrairement aux apparences, elle différait peu de celle de Lénine, qui à cette époque écrivait que «instinct de classe», «spontanéité» et éducation socialiste du prolétariat étaient indissociablement liés :

 

«La classe ouvrière est instinctivement, spontanément socialiste et plus de 10 ans de travail de la social-démocratie ont fait beaucoup pour transformer cette spontanéité en conscience[47]

 

Dans la Gauche marxiste d’avant 1914, il y avait encore une convergence réelle dans l’appréhension de la question de la conscience de classe.

 

Mais celle-ci divergeait nettement autant de la conception « léniniste » - en germe dans Que faire?, qui exprimait une forte méfiance pour la conscience de classe, définie comme instinctive et «trade-unioniste» - que de la conception anarchiste hostile à l’organisation ou de la conception syndicaliste-révolutionnaire centrée sur une mystique de l’action et un mépris aristocratique de la théorie.

 

 

 

 

Philippe Bourrinet.

[1] Anton Pannekoek, «Theorie en beginsel in de arbeidersbeweging», De Nieuwe Tijd, 1906, p. 602.

[2] « La théorie de Marx a été la première à faire du socialisme, d’utopie qu’il était, une science, à en poser les fondements inébranlables, à tracer le chemin à suivre en le développant dans tous ses détails. » (Lénine, «Notre programme », 1899, in Œuvres, Paris-Moscou, t. 4, p. 216-220.)

[3] A. Pannekoek, «De filosofie van Kant en het marxisme», in De Nieuve Tijd, VI, 1901, p. 612.

[4] A. Pannekoek, ibid., 1901, p. 614.

[5] Pour le Bordiga des années 50, c’était une “idée banale” que le marxisme était en «continuelle élaboration historique» et qu’il se modifiait “avec le cours et la leçon des événements” : “C’est la justification invariable de toutes les trahisons … et de toutes les défaites de la révolution.” (“L’invariance du marxisme”, in “Sul filo del tempo”, mai 1953.)

[6] Pannekoek, «Het historische materialisme», De Nieuve Tijd, Amsterdam, 1919; en allemand in Rätekorrespondenz, n° 2, juillet 1934, «Der historische Materialismus», p. 12.

[7] Pannekoek, Die taktischen Differenzen in der Arbeiterbewegung, Hamburg, Verlag Erdmann Dubber, 1909. 132 p.

[8] Selon Hannah Arendt, l’“idéologie” serait consubstantielle au phénomène totalitaire. Elle serait la prétendue “logique” d’un corps de doctrine religieux ou politique, à vocation totalitaire, où tout « ce qui arrive, arrive conformément à la logique d’une seule ‘idée’, celle qui exclut ou détruit tout être n’entrant pas dans la catégorie idéelle prédéfinie, et donc idéale. (Les origines du totalitarisme, «Le système totalitaire», tome III, Seuil, Paris, 1972).

[9] Lettre d’Engels à Franz Mehring, 14 juillet 1893 : «L’idéologie est un processus que le soi-disant penseur accomplit sans doute consciemment, mais avec une conscience fausse. Les forces motrices véritables qui le mettent en mouvement lui – restent inconnues, sinon ce ne serait point un processus idéologique», in Marx-Engels, Études philosophiques, Éditions sociales, Paris, 1977, p. 249.

[10] Pour le philosophe ‘mao-stalinien’ Althusser l’idéologie était “éternelle”, et donc au-delà et par-delà l’histoire. Marqué par Lacan, Althusser soutenait que l’idéologie “prolétaire” était constitutive de la transformation des “individus” en “sujets”, une sorte de préconscient qui n’avait plus qu’à être “travaillé” par le “Parti communiste”. (Althusser, Positions (1964-1975), “Idéologie et appareils idéologiques d’État (Notes pour une recherche)”, Paris, Éditions sociales, 1976, p. 67-125).

[11] Le « retour à Kant » ou néokantisme était un courant de la pensée philosophique allemande prédominant sur la scène universitaire depuis 1870. Ses principaux représentants étaient Hermann Cohen, Paul Natorp et Ernst Cassirer. Le néokantisme est parfois identifié à l'École de Marbourg, du fait de la présence de Hermann Cohen à l'université de Marbourg. Ce dernier prêchait une rationalisation de la religion, tandis que Cassirer exigeait une épistémologie rigoureuse.

[12] Programme communiste – revue du groupe «bordiguiste» français – n° 56, juillet-septembre 1972, «Sur Anton Pannekoek : marxisme contre idéalisme ou le parti contre les sectes», p. 18-52. Cette revue affirmait : «Faisant de la révolution un problème de conscience, Pannekoek et toute la «gauche» allemande se placent résolument sur le terrain de l’idéalisme. Que cette conscience des masses soit le résultat de la lutte des classes ne change rien à la question. » Et, imperturbablement, les disciples de Bordiga ajoutaient que «la pensée de Pannekoek représente l’expression la plus achevée du matérialisme bourgeois».

[13] Josef Dietzgen, L’essence du travail intellectuel humain, avec une préface de Pannekoek (1902), «Champ libre», Paris, 1973. Il existe une traduction en néerlandais par Gorter, de 1903.

[14] Brochure d’Engels, traduction en français, «Éditions sociales», Paris, 1966, p. 60-61. Dietzgen n’était pas ouvrier, mais maître tanneur, possédant en propre son entreprise.

[15] F. Mehring, Neue Zeit, 29 oct. 1909, in Gesammelte Werke, Dietz, (Ost) Berlin, 1961, t. 13, p. 212­-213.

[16] G. Plekhanov, Œuvres philosophiques, tome 3, «Joseph Dietzgen» (1907), Éditions du Progrès, Moscou, 1981, p. 100-116.

[17] Pannekoek lui-même s’élevait contre les prétentions du fils de Dietzgen et d’autres de former une théorie «dietzgéniste», moins « rigide» et plus «idéaliste «finalement que le «marxisme étroit». Dans un article du 12.11.1910, «Dietzgenismus und Marxismus», in Bremer Bürgerzeitung; reprint in Hans Manfred Bock, ‘Pannekoek in der Vorkriegssozialdemokratie’, Jahrbuch 3, Frankfurt/Main, 1975 – Pannekoek rejetait l’idée d’opposer Marx et Dietzgen :

«Non pas ‘dietzgénisme’ ou ‘marxisme étroit’, mais Marx et Dietzgen, tel est le point de vue du prolétariat... Il n’y a qu’un marxisme, la science fondée par Marx de la société et de l’homme, où les apports de Dietzgen s’y insèrent comme une partie nécessaire et importante

[18]Lénine dans Matérialisme et empiriocriticisme (1909) écrivait ainsi : «Cet ouvrier philosophe, qui découvrit à sa manière le matérialisme dialectique, ne manque pas de grandeur.» (p. 257 du tome XIV des Œuvres de Lénine, Éditions sociales, 1962.) Dans ce sens, Pannekoek opposait en 1910 les bolcheviks à Plekhanov; ce dernier étant l’expression d’un marxisme mécanique et fataliste : «...Vis-à-vis des bolcheviks, qui opposaient la théorie de Dietzgen, comme théorie de l’activité de l’esprit humain, au marxisme fataliste, Plekhanov exerça une critique acerbe mais non fondée.» Cet éloge des bolcheviks en 1910 est à mettre en parallèle avec la position ultérieure de Pannekoek sur les bolcheviks et Lénine en 1938.

[19]L’Essence du travail intellectuel humain, Paris, 1973, p. 90.

[20] Idem, p. 71.

[21] Traduit en néerlandais par Gorter, Josef Dietzgen fut commenté par Pannekoek, dans une préface de 1902 : «Situation et signification de l’œuvre philosophique de Josef Dietzgen», Champ libre, Paris, 1973; et par Henriëtte Roland Holst : Joseph Dietzgens Philosophie in ihrer Bedeutung für das Proletariat, München, 1910. Ce dernier ouvrage était un long résumé synthétique des textes de Dietzgen. Il insistait beaucoup sur la «morale» de Dietzgen et attaquait au passage Plékhanov.

[22] Dietzgen, op. cit., p. 183: «Notre combat n’est pas dirigé contre la moralité, ni même contre une certaine forme de cette dernière, mais contre la prétention à vouloir faire d’une forme déterminée la forme absolue, la moralité en général.»

[23] Cette minimisation de la violence de classe, comme facteur matériel, apparaît souvent dans deux textes majeurs de Roland Holst : De strijdmiddelen der sociale revolutie, Amsterdam, 1918; De revolutionaire massa-aktie, Rotterdam, 1918. Pour elle l’action de masse n’est pas de la «violence physique»; elle utilise fréquemment le terme de «violence spirituelle».

[24] Gorter, Het historisch matérialisme, Amsterdam, 1909, p. 111.

[25] Gorter, Der historische Materialismus, Stuttgart, 1909; p. 127, avec une préface de Kautsky, très élogieuse.

[26] Die taktischen Differenzen in der Arbeiterbevegung, Hamburg, 1909; cité par Bricianer, op. cit., p. 97.

[27] Pannekoek, Marxismus und Darwinismus, Leipzig, 1909; 2e édition, 1914, p. 24. Il existe une traduction française sous forme électronique : «La Bataille socialiste», «site d'éducation, d'informations et de ressources documentaires pour le marxisme vivant et la démocratie ouvrière» : http://bataillesocialiste.wordpress.com/documents-historiques/1912-darwinisme-et-marxisme-pannekoek/

[28] Op. cit., p. 15-18.

[29] Op. cit., p. 20 et 44.

[30] Cf. Marx à Lassalle : «Le livre de Darwin est très important et me convient comme base de la lutte historique des classes.» Jugement revu plus tard : «Darwin a été amené, à partir de la lutte pour la Vie dans la société anglaise – la guerre de tous contre tous, bellum omnium contra omnes, – à découvrir que la lutte pour la vie était la loi dominante dans la vie animale et végétale. Mais le mouvement darwiniste, lui, y voit une raison décisive pour la société humaine de ne jamais se libérer de son animalité...» (Cité par D. Buican, Darwin et le darwinisme, «Que sais-je ?», Paris, 1987, p. 98.)

[31] Pannekoek, Introduction à Dietzgen, op. cit., p. 38.

[32] Max Adler, Kant und der Marxismus [1925], Verlag Classic Edition, Saarbrücken, 2009.

[33] Pannekoek, Introduction à Dietzgen, op. cit., p. 38.

[34] A. Pannekoek, «Marx der Ethiker», in Bremer Bürgerzeitung, 25.02.1911. Que Marx n’était pas un «éthicien», Pannekoek le répétera encore à la fin de sa vie à Maximilien Rubel, selon lequel le marxisme était inséparable d’une «éthique». Cf. «Lettres d’Anton Pannekoek», adressées à Maximilien Rubel, 1951-1955, in Études de marxologie, Paris, 1976, p. 841-932.

[35] Pannekoek, Ethik und Sozialismus. – Umwälzungen im Zukunftsstaat, Leipzig, 1906, p. 19, et p. 9.

[36] Bricianer, Divergences tactiques au sein du mouvement ouvrier, in Pannekoek et les conseils ouvriers, EDI, Paris, 1969, p. 56.

[37] Lukacs, Histoire et conscience de classe, Éditions de minuit, Paris, 1960, p. 73.

[38] Pannekoek, «Der Instinkt der Massen», Bremer Bürgerzeitung, 24.8.1912; reprint par Hans Manfred Bock, in Jarhbuch 3, «Die Linke in der Sozialdemokratie», 1975, p. 137-140.

[39] http://classiques.uqac.ca/classiques/sorel_georges/reflexions_violence/Sorel_Reflexions_violence.pdf. Dernière réédition papier, coll. “Quartier libre”, Éditions Labor, Bruxelles, 2006.

[40] Ainsi le syndicaliste-révolutionnaire français Édouard Berth (1875-1939), dans son ouvrage Les méfaits des intellectuels, préfacé par G. Sorel [Paris, Marcel Rivière, 1914] soutenait l’idée d’une «guerre de classe» instinctive, menée par un prolétariat porteur de valeurs aristocratiques nietzschéennes. Cette «guerre de classe» était porteuse de «la vertu souveraine de la guerre, dont l’intervention dans les choses humaines est toujours pareille à celle d'un vent fort, âpre et salubre, venant renouveler les eaux putrides des marécages humains». Cet ouvrage a été réédité et présenté en 2007 par le « penseur » de la « Nouvelle Droite » française, Alain de Benoist dans sa propre maison d’édition, Krisis, Paris.

[41] Pannekoek, Marxism and Darwinism, Charles H. Kerr & Co., Chicago, 1912, chap. 3 „Marxism and the Class struggle“. Reprint en 2003 par le Parti socialiste de Grande-Bretagne (SPGB), 52 Clapham High Street, London, SW4 7UN; spgb@worldsocialism.org; édition électronique par Marxists.org : http://www.marxists.org/archive/pannekoe/1912/marxism-darwinism.htm

[42] Sorel, Réflexions sur la violence, op. cit. : «nous obtenons cette intuition du socialisme que le langage ne pouvait pas donner d’une manière parfaitement claire – et nous l’obtenons dans un ensemble perçu instantanément».

[43] Pannekoek, «Massenaktion und Revolution», in Die Neue Zeit, XXX, 1911-1912, n° 41, p. 541-550; n° 42, p. 585-593; n° 43, p. 609-616. Reprint in Antonia Grünenberg, Die Massenstreikdebatte, Frankfurt/Main, 1970. Traduction française : Kautsky, Luxemburg, Pannekoek. Socialisme : la voie occidentale, PUF, Paris, 1983 (avec une introduction d’Henri Weber), p. 297-335.

[44] Pannekoek, op. cit., in Bricianer, p. 98.

[45] Lénine, Que faire? [1902], «Bibliothèque jeunes», Science marxiste, Montreuil, 2004, avec une «lecture» d’Arrigo Cervetto : «La lutte décisive».

[46]Marx, Idéologie allemande : «Pour produire massivement cette conscience communiste, aussi bien que pour faire triompher la cause elle-même, il faut une transformation qui touche la masse des hommes, laquelle ne peut s’opérer que dans un mouvement pratique, dans une révolution.» («La Pléiade», Marx, Œuvres 3, Gallimard, Paris, 1983, p. 1123.) Et Marx ajoute : la classe ouvrière est une classe «d’où émane la conscience de la nécessité d’une révolution en profondeur, la conscience communiste» (idem, p. 1122).

[47] Lénine, «De la réorganisation du parti», 1905, Œuvres, tome 10, Éditions sociales (Paris) & Éditions du progrès (Moscou), p. 24.

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