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Philippe Bourrinet

En mémoire de Clément Méric, assassiné non par le «fascisme» mais par le capital

Posted on June 26 2013 by left-disorder

Quel hommage au jeune Clément Méric, assassiné non par le «fascisme» mais par le capital?

Clément Méric était un jeune activiste de sensibilité libertaire (CNT) qui avec toute la fougue de son âge (19 ans) s’était engagé contre les injustices du système capitaliste. Comme beaucoup de jeunes profondément révoltés par ce système, il crut qu’il suffisait de combattre les formes extrêmes visibles du capital (l’extrême droite) pour éveiller les consciences endormies. Il est mort sur le coup dans une violente bagarre avec des skinheads, secte de pure violence raciste, au sortir d’une vente privée de vêtements. Son meurtrier skinhead était "agent de sécurité" (du capital). Sur les bouquets de fleurs qui ont été déposés rue de Caumartin, lieu où il a été tué le 5 juin, près d’une sordide poubelle du capitalisme, on pouvait lire il y a peu : «Le capitalisme endort et tue!».

A peine mort, Clément servait d’alibi à tous les charognards. Des groupes «antifascistes», «marxistes-léninistes», staliniens authentiques façon Mélenchon, trotskystes et Ras l’Front de tout plumage, s’emparaient de son cadavre. Dans une belle unanimité, des anarchistes au PCF, des manifestations se déroulaient pour «honorer» la mémoire de Clément, en fait pour mieux la DESHONORER.

Des anonymes «marxistes-léninistes», staliniens de tout horizon, appelaient dès le 6 juin à manifester «en deux lieux symboliques : métro Stalingrad et métro Barbès-Rochechouart. Stalingrad, ville symbole de la défaite du nazisme, Barbès-Rochechouart, haut lieu de la résistance antifasciste : le 21 août 1941, le premier occupant allemand est abattu par le colonel Fabien, signant ainsi l’acte fondateur de la libération de la France du nazisme, de la barbarie raciste et de l’oppression»[1] . Dans d’autres manifestations en province, les trotskystes (NPA, Lutte ouvrière) et les anarchistes officiels appelaient partout à manifester avec tous ces patriotes professionnels «contre le fascisme».

Ainsi Clément Méric serait mort pour l’«antifascisme» et finalement aurait été un «patriote» qui aurait pu lutter de nouveau pour la «libération de la patrie» impérialiste française. On sait que cette «patrie française», qui unit tous les partis du capital de l’extrême droite au stalinisme, fêta dignement la « liberté retrouvée » le 8 mai 1945 par l’épouvantable massacre de Sétif, mené sous la direction du chef stalinien des FTP (Francs tireurs et partisans) Charles Tillon, ministre de l’aviation. Ce sont ces mêmes staliniens «antifascistes» qui votèrent plus tard en 1956 les pleins pouvoirs au socialiste Guy Mollet pour mener leur très patriotique et sanglante guerre coloniale d’Algérie.

Si Clément est une deuxième fois assassiné (moralement) par toute cette bande de répugnants patriotes antifascistes, il ne faudrait pas qu’il le soit une troisième fois, par pur indifférentisme. Certains – qui ne sont même pas conscients de leur abyssal crétinisme – ne voient dans la mort de Clément qu’un «crime apolitique», la «mort d’un bobo antifa» (lisez : «bourgeois antifasciste»)[2] . Bref, comme auraient dit leurs ancêtres staliniens de mai 1968, la «mort d’un fils à papa». A ce jeu d’instrumentalisation de l’appartenance sociologique «de classe», les jeunes nervis d’extrême droite qui ont tué Clément Méric sont gagnants. Un site fasciste genevois demande «justice» pour l’assassin Esteban Murillo, «prolétaire, fils d’immigré espagnol, vivant en Seine Saint-Denis», provoqué par «un jeune bourgeois étudiant à Science-Po»[3].

Et il est vrai – ce qui N’EST PAS LE CAS aujourd’hui – un vrai mouvement fasciste ne peut s’enraciner qu’en acquérant la forme d’un mouvement de masse avec une forte «base prolétarienne». Quoi de plus «prolétarien» et «plébéien» en effet que les SA dans l’Allemagne d’avant 1933 !

Si l’«appartenance de classe» devait être un argument, alors la contre-révolution pourrait triompher en toute tranquillité. La contre-révolution est pavée de répression sauvage menée par des ouvriers ou d’anciens ouvriers. Les «ouvriers» social-démocrates allemands Noske et Ebert, s’appuyant sur les corps francs d’extrême droite, ont assassiné Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht – sociologiquement des «bobos» (bourgeois) par leur origine sociale! – qu’ils avaient fait déjà exclure des conseils ouvriers lors de la révolution de novembre 1918.

N’oublions jamais la vocation première de l’antifascisme : museler, puis écraser dans le sang tout mouvement révolutionnaire prolétarien qui s’oppose à la «patrie» qu’elle soit «républicaine» ou «socialiste». Au nom de l’antifascisme, les nervis staliniens espagnols ont assassiné des milliers de prolétaires de Barcelone en mai 1937. Et c’est derrière eux que les anarchistes d’aujourd’hui appellent à manifester au nom de l’unité antifasciste !

Tout appel à la formation d’un «front antifasciste» est un appel direct à une alliance avec les assassins d’hier et de demain, de la gauche social-démocrate aux résidus du stalinisme à la sauce Mélenchon. Tout appel à la formation d’un « front antifasciste » avec le parti socialiste au pouvoir est un appel direct au renforcement des groupes d’extrême droite : il suffit de rappeler comment Mitterrand dans les années 1980 a sciemment favorisé le développement du Front national pour de sordides raisons électorales, et quelles passerelles REELLES existent entre ce parti et l’extrême droite, comme l’a montré récemment l’affaire Cahuzac, ce ministre escroc du budget, qui s’était fait ouvert un compte secret en Suisse avec l’aide de séides d’extrême droite.

Tout appel à l’ «unité antifasciste» n’est pas simplement profaner la mémoire de Clément Méric, c’est désarmer les jeunes énergies qui s’engagent pour la première fois dans une activité politique contre le capital, c’est finalement préparer la voie qui mène aux défaites de demain, où se nouera inexorablement une sainte-alliance de toutes les forces du capital (de l’extrême droite à la gauche) contre tout mouvement de classe internationaliste.

Trahir la mémoire de Clément, ce serait le transformer en un martyr de «l’antifascisme»; honorer sa mémoire, c’est appeler à combattre le capitalisme quelle que soit sa forme «fasciste» et/ou «antifasciste», “marxiste-léniniste” et libérale.

Il y aura d’autres Clément Méric, mais ils vivront, car ils comprendront très vite qu’ils n’ont aucun intérêt à suivre la voie délétère et suicidaire de l’«antifascisme». Ils devront s’engager dans un combat de longue haleine et sans merci contre le capital, dont TOUTES les expressions politiques, qu’elles soient «fascistes», «social-démocrates», ou «staliniennes» alimentent les meutes de la contre-révolution.

N’oublions jamais Clément Méric, mort hélas ! trop jeune pour participer aux combats décisifs de demain!

ФБ

[1] http://paris.indymedia.org/spi p.php?article13721

[2] http://proletariatuniversel.blogspot.fr/2013/06/mort-dun-bobo-antifa.ht ml

[3] http://jgenevoise s.wordpress.com/tag/affaire-meric/

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